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La situation
Voyage dans la solitude puisque durant deux mois, il a vécu très fort avec la montagne sans aucune communication pratiquement, sinon avec sa petite équipe au camp de base : cuisinier, aide-cuisinier et siredar.
Trois jours à Kathmandou pour se préparer, faire des commissions, le briefing au ministère, préparer toutes les charges entre 28 et 33 kg. Bien emballer tout cela afin de ne rien casser pendant le transport.
Un jour de bus, puis un vol avec un de ces gros hélicoptère russe pour atteindre Jemosson. Il y a ensuite trois jours de marche en passant deux cols à 5200 et 5300 mètres. Mais il est très difficile de trouver des porteurs car il y a trop de neige et en baskets, personne ne veut partir. André monte pour voir le passage : effectivement c'est imposssible de traverser en baskets et avec de lourdes charges.
Après quatre jours d'attente ils n'ont toujours pas de solution et décident de tenter l'hélicoptère. Ils seront finalement déposés au camp de base à 4650m le 5 avril.
Premières tentatives
Le 9 avril il monte jusqu'au col à 5800m en peaux de phoque puis descend dans la poudre. Les skis l'aident beaucoup car il neige tous les soirs. Il est le premier de la saison dans les parages et le glacier est très crevassé.
Le 12 avril il part à minuit et demi pour monter au col en 4h30. Puis il continue en brassant 30cm de neige pour atteindre l'arête rocheuse à 6600m. Il se sent prêt pour attaquer le sommet à la première bonne occasion. Pour le moment le vent est tempétueux et une petite neige recouvre chaque soir les traces.
Des Coréens sont en marche depuis 3 jours pour atteindre, le 14 avril seulement 6600m. Déjà trois nuits dehors, le physique pourrait s'émietter. Effectivement ils abandonnent leur tentative.
Le 15 avril à minuit et demi André quitte le camp de base et monte rapidement jusqu'à 6600m. Mais le vent se lève, il neige un peu. Il creuse un igloo et s'installe en attendant que ça s'améliore. Mais dans l'après-midi c'est encore pire et André rentre au camp de base à skis. Sage décision car il neigera deux jours de suite.
Deuxième tentative, le 20, départ comme d'habitude à minuit et demi, montée au col puis au dépôt où il se cuisine des pâtes. L'après-midi la montée est régulière mais il se remet à neiger, 40cm en quelques heures. Les Coréens lui laissent un petit bout de tente à 7300m et lui proposent à boire et à manger.
Au petit matin il redescend, les Coréens en font de même. Le temps est mauvais, 80 cm de neige à 7000m. Il neige ensuite pendant 4 jours, 2 mètres de neige environ à 7000m. Il faudra plusieurs jours de beau avant de pouvoir tenter à nouveau.
A partir du 26 le temps s'améliore, le vent tempétueux nettoie la montagne et en 3 jours tout a bien changé. André s'impatiente : il est là depuis 24 jours déjà.
Le 30, nouveau départ où il ratrappe les Coréens, mais grosse surprise : la tempête a tout nettoyé. Les 5 jours de vent ont eu raison de son sac pourtant bien enfoncé dans la neige. Il a tout perdu : le réchaud, les crampons, les surpantalons, veste, surbottes, gants. Il cherche pendant 3 heures mais ne retrouve rien. Il est obligé de redescendre et fait le tour du camp de base pour emprunter le matériel afin de se rééquiper.
Enfin le sommet, course exceptionnelle
Le 3 mai il repart pour la 4ème fois à 17heures et marche toute la nuit pour atteindre les 7300m au lever du jour. Pose d'une heure, la seule sur 26 heures de marche. Montée régulière, très belle arête effilée et raide. Il cherche les parties les plus exposées au vent afin d'enfoncer le minimum. A 10 heures il est sur l'arête sommitale et à midi le sommet est atteint.
Il a fait camp de base-sommet en 19 heures. Le retour se fera en 6 heures soit un aller-retour en 25 heures!
Juste après le sommet, sur une grande dalle, un homme est allongé. Il s'est couché pour se reposer et les forces l'ont abandonné. Il est certainement là depuis l'automne passé. Surprise et émossion forte, c'est une personne animée de la même passion qui a poussé la machine jusqu'au bout.
André a réussi un "Alpine style" c'est à dire sans camp d'altitude, sans sherpa, sans aucune aide, avec dans son sac deux boîtes de thon, une gourde de 1,8 litres et beaucoup de détermination.
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