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Journal de bord d'André
Départ de Genève pour un long voyage de deux mois direction Islamabad au Pakistan.
Après deux tentatives en avion, c'est finalement après deux longues journées de bus que l'équipe rejoindra SKARDU.
La fameuse route de la soie a été taillée audacieusement dans les rochers : La KARAKORAM HEIGHT WAYS qui va vers la Chine. Nous suivons l'INDUS le long de gorges impressionnantes. Paysage minéral avec quelques points de verdure où un torrent s'écoule. C'est le bout du monde.
Un 3ème jour en jeep pour arriver à ASKOLE dernier village, point de départ de la marche d'approche.
150 porteurs pour acheminer les 3 tonnes de matériel jusqu'au camp de base sur le long glacier du BALTORO (60 km). C'est le BALTISTAN, les habitants s'appellent les BALTIS, solides gaillards, très aguerris. Certains ont passé une bonne partie de leur vie à faire des aller - retour avec 30 Kg sur le dos sans équipement au gré des intempéries. L'un d'entre eux vient depuis 30 ans sur le BALTORO pour 240 aller-retour.
5 jours de marche sur les moraines pour arriver au camp de base le 29 mai.
Malgré la situation politique et les attentats, tout se passe comme d'habitude. Certains quartiers dans les villes sont certainement plus dangereux.
Le GASHERBRUM I fait frontière avec le Cachemire. A un moment donné, il y a eu une grosse tension avec l'Inde, mobilisation de milliers de soldats, ambassades évacuées sans que l'on s'en rende compte à part quelques tirs d'artillerie du camp militaire situé un peu en amont.
Acclimatation rapide d'une dizaine de jours avec la pose de 2 camps à 6400 et 7000 m. Il fait beau, le bout de la montagne a un bon paquet de neige.
Le camp I est un vrai nid d'aigle perché au dessus du camp de base, cela dénivelle très fort dans des pente à 45 degrés. Le coup d'oeil est superbe surtout sur le K2, le géant voisin.
3 juin : moment d'émotion, une grosse avalanche de séracs tombe de 2000 m dans une paroi rocheuse et traverse tout le glacier y compris le camp de base. Gilbert et Majeed sont sur le plateau, Markus se cramponne à un bloc dans le couloir durant 2 - 3 minutes dans une tempête terrible. Grosse frayeur pour l'officier de liaison à tel point qu'il raconte qu'il s'est retrouvé plusieurs fois à 2-3 m du sol !!!
Notre officier de liaison pose quelques soucis, il est motivé pour grimper là-haut sans technique et sans expérience. Il fait vraiment peur à voir. En plus, il " se fait des films " - qu'il est tombé dans une crevasse, voyage dans une avalanche malgré les appels à la raison.
Le paysage est féerique, les premiers explorateurs au début du siècle ont découvert les paysages les plus fabuleux au monde pour un nombre incalculable de montagnes, seul le KARAKORAM possède 5 huit mille - 137 sept mille - et plus de 500 sommets de plus de 6000 m !!!
Nous installons le camp II à 7000 m. Rude journée, gros sacs et beaucoup de neige à partir de 6500 m. Premier essai du camp II départ à 22 heures, toute la nuit grosse trace à faire dans 50 cm de neige. Au lever du jour, il neige un peu, le vent se lève sur l'arête sommitale et nous redescendons après avoir atteint les 7700 m.
Il commence à neiger en alternance : 1 jour beau, 1 jour mauvais durant toute la deuxième quinzaine de Juin. Une grosse avalanche balaie tout le bout du BROAD PEAK. Nous changeons de camp de base direction GASHERBRUN I.
Longue attente et gros doute car le retour est prévu le 3 juillet. Le moral fait des dents de scie en fonction du temps.
Une douzaine d'expéditions, 1/3 par rapport à l'année passée et le 15 juillet, toujours aucun succès, les Allemands rentrent aussi. Nous sommes toujours les seuls jusqu'à présent à avoir atteint les 7700 m.
Trois Japonais sont morts dans une avalanche au K2.
Grosse déception, beaucoup d'efforts, d'argent, de patience sans récompense. A partir du 1er essai, le temps s'est dégradé: un jour beau, 3 jours de neige pendant 25 jours et longue attente inutile au camp de base.
2002 est bien l'année de la montagne, mais " INCH ALLAH ", la montagne n'a pas voulu ne serait-ce qu'un rendez-vous.
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