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André Georges a atteint le sommet le lundi 23 juillet à 12h après 16h d'ascension ininterrompue.
Le départ
Point de départ, Islamabad au Pakistan avec une expédition belge. Concordia, nom empreinté au glacier d'Aletsch, est certainement l'endroit le plus exceptionnel au monde avec quatre sommets de plus de 8000 mètres et un nombre incalculable de montagnes tout autour de ce fameux glacier du Baltoro long de 57 kilomètres, situé au bout du monde.
Trois longues journées de bus et jeep à remonter des vallées sauvages où l'Indus, dans sa fougue, a creusé des gorges impressionnantes. L'homme a taillé une route : le Karakoram highway de 1966 à 1978. Fabuleux chantier entre le Pakistan et la Chine qui a causé la mort de millier d'ouvriers. Elle empreinte en partie la fameuse route de la soie et longe le pays des Hunzas. Puis Skardu, dernière ville moyenâgeuse sur une plaine sablonneuse où nous assistons à un vent de sable comme dans le désert. Des vallées minérales, abruptes, par-ci par-là un petit point vert sur le cône de déjection d'un torrent où un village primitif s'installe. Nous sommes dans le Baltistan où la population est très aguerrie. Certains porteurs passent leur vie sur ce glacier, à faire des aller et retour avec des grosses charges sur le dos pour un modeste salaire. Dormir dehors, du thé, du pain cuisiné le soir après une rude journée et tout ça dans la bonne humeur et avec gentillesse. J'ai honte d'être touriste. On nous fait trois repas par jour, on nous monte la tente, nous apporte le thé chaud au réveil et certains réclament encore plus sous prétexte qu'ils paient.
Quelques remarques
Aucun endroit au monde ne possède une telle chaîne de montagnes regroupées autour du glacier du Baltoro. Approche magnifique durant une dizaine de jours. Petite course quotidienne pour se faire des poumons énormes. L'excitation augmente en approchant ces montagnes. Découvertes et aussi efforts importants dans une grande chaleur. Le puzzle d'une carrière d'alpiniste s'assemble doucement au fil des ans au prix de millier de kilomètres d'efforts. Chaque grande course apporte adrénaline, excitation, rage. Comme un animal qui grogne, pupilles dilatées face au danger. Dans les gênes de l'alpiniste passionné, il y a une capacité de motivation décuplée qui s'arrête avec la mort.
Géographiquement parlant, l'Himalaya s'étend de la Birmanie à la Russie. Le Nord du Pakistan est le point de rencontre des quatre plus grosses chaînes de montagnes. L'Himalaya s'arrête au Cachemire coupé par l'Indus, le Karakoram se trouve au centre, l'Hindu Kush se rapproche de l'Afghanistan et le Pamir se situe au Nord, vers le Tadjikistan. Le Karakoram est le pays des Hunzas et des Baltis.
Sur Internet, on découvre des curriculums impressionnants de certains himalaystes alors qu'ils n'ont été qu'au pied des montagnes. La devise serait plutôt : Beaucoup d'actions et peu de paroles et se réjouir en descendant des sommets seulement.
La situation
Journées d'acclimatation, de mauvais temps, journées de rêves, de doutes, journées de crainte, d'attente pour parfois une seule journée de succès ! Dingue...
Le 20, c'est le drame. Jean-François Bassine fait une chute sur l'arrête du Gascherbrum et se tue. En descendant le matin du camp I, il se décorde pour laisser passer trois personnes qui montent, fait quelques pas et trébuche. Toute l'équipe est profondément choquée. Nous passons la journée du lendemain à le ramener à la base. Il sera rapatrié, selon le désir de sa famille.
André atteint le sommet
Alternance de beau et de mauvais. Nous sommes à peine acclimatés - douze jours de camp de base - mais le 24, je vois que le temps va changer alors je décide de tenter ma chance en faisant un camp de base-sommet.
Jean-Luc Fohal m'accompagne pour un marathon fou : trois milles mètres de dénivelée que j'avale en seize heures d'efforts violents. Départ à 20h00. Toute la nuit nous montons régulièrement. Il fait très beau. A 6500 mètres, au camp I, Jean-Luc s'arrête, pris de sommeil.
A midi, je suis au sommet dans la tourmente de neige. Un petit fanion rouge habille la cime. Le camp de base a suivi ma progression et entre deux nuages, bon nombre de gens m'ont vu arriver au sommet. Notamment Maurice et un Pakistanais nommé Alimossa.
Photos de nuages et retour au camp I vers 16h00.
C'est un grand bonheur, une journée de grande forme où la météo a tout juste suffit : après ça le temps se dégrade pour de nombreuses journées. Le staff me fait la fête. Ils sont certains que c'est le record camp de base-sommet et une première en partant de si bas. Très belle course difficile : d'abord un long glacier tortueux - trois heures jusqu'à 6000 - puis une arrête très effilée à 45 degrés jusqu'à 6500 mètres.
Au-dessus encore des pentes raides, passage de deux séracs, puis un éperon rocheux avec du gravier pénible à 7300 mètres : on arrive au pied du triangle sommital. Traversée à droite, passage d'un col, puis une arrête de neige conduit au sommet. Je vais dans la face pour marcher dos au vent et me protéger de la bourrasque. Très concentré avec un rythme d'enfer et seulement quelques minutes au sommet. L'arrête sommitale est effilée et magnifique. Un grand gendarme brun à gauche, quelques blocs, une tour carrée à droite et le sommet enneigé.
Tentative sur le GI
Le soir même, le mauvais temps s'installe pour huit jours. Neige et brouillard non-stop. Notre patience est en péril et mon envie d'enchaîner le deuxième sommet tout de suite tombe à l'eau.
C'est seulement le 2 août que le soleil vient nous réchauffer le coeur. Départ à 2h00 du matin pour un nouveau " alpin style " avec Alain Hubert. Montée au camp I à 6400 mètres, repos, puis départ le soir à 22h00. Montée très raide par le couloir des Japonais sur 700 mètres. Nous rattrapons toute l'équipe partie le matin de 7100 mètres. Japonais, Italiens et les Kayaks. En fait ce sont des jeunes très forts, membres de l'équipe nationale.
A 250 mètres du sommet, soudain, tout le monde abandonne : trop de neige, danger d'avalanche, vent et brouillard. Alain me demande d'abandonner. Nous sommes dans une grande fatigue et dès le retour, dans une grande tristesse si près du but. C'est peut-être le prix à payer pour rentrer vivant.
Mille questions flottent dans nos têtes, mais nous n'avions qu'un seul camp sur la montagne et le GI est un gros morceau sans moment de relâche.
En même temps, en face, Johao Garcia et Jean-Luc Fohal réussissent le GII.
A peine arrivés à la base, la neige est à nouveau au rendez-vous. Malgré la grande fatigue, déjà, je scrute le ciel pour recommencer.
Le 8 août est la date du départ, le 6 et 7 je fais un ultime essai tout seul mais beaucoup de neige fraîche me freine. Belle pleine lune, superbe nuit de labeur.
Je remonte à 7800 mètres, je cale dans la dernière pente sommitale, beaucoup de nouvelles plaques à vent dangereuses se sont accumulées. Nous sommes quinze jours trop tard dans la saison. Nouveau marathon inutile, dommage, car la forme est très bonne... il faudra revenir.
Sur les 15 membres de l'expédition, il n'y aura que 3 sommiters
Belle saison pour André : dix premières en Antarctique et son neuvième sommet de plus de 8000 mètres réussi, sur la longue route des 14.
Le camp de base
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