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  K2  

 

K2

 

Le départ

Mercredi 11 juin 2003 à 11h00, André Georges s'envole de l'aéroport international de Genève.

Arrivé à Zurich, il est rejoint par Kari Kobler et les autres membres de l'expédition. A 15h45, ils décollent pour le K2 au Pakistan.

Une journée d'attente à Dubaï : l'occasion de découvrir un peu la ville. Métropole moderne, toute jeune, construite en plein désert. Le pétrole est ici moins cher que l'eau ! Grâce à lui, la région s'est développée rapidement. Les grosses jeep ont remplacé ânes et charrettes, près de 350 bijouteries ont vu le jour avec principalement de l'or, des bulding, des hôtels " grande classe " à 10'000 francs la nuit. Dubaï c'est aussi 80% d'étrangers venant d'Inde, du Pakistan etc… pour travailler. En été, il peut faire plus de 50 degrés, mais l'argent fait pousser de magnifiques gazons.

 

L'arrivée au camps de base

Le camp de base est un endroit fabuleux : récompense des quatre jours de jeep et des six jours de marche le long du glacier du Baltoro (57 km). Tout autour, des montagnes superbes : Broad Peak, Chogolisa, K2 etc... Nous sommes au pied du K2, montagne gigantesque (3500m de haut), si impressionnante qu'elle fait peur... Il faudra des jours pour s'y habituer, pour l'apprivoiser et enfin pour demander un rendez-vous poliment.

 

Le K2

Réputé pour être le 8000 le plus difficile, le K2 possède également une longue histoire : succès des Italiens en 54, grosses tragédies aussi malheureusement et voie Kukuchka, le plus bel exploit sur la montagne. Les conditions, le vent et la météo qui change très vite sont les éléments qui font que la chance joue énormément en faveur ou défaveur du pèlerin qui s'y aventure. J'ai pu observer plusieurs fois un vent tempétueux pendant quelques heures et plus rien. Une bourrasque de neige et puis soleil. Ceci complique beaucoup l'estimation. Malgré l'expérience, on se fait parfois piéger. On abandonne et le beau s'installe. Après on se mord les doigts !

Les expés présentes - Andalous, Tchèques et Canadiens - sont d'une lenteur incroyable. Certains sont ici depuis un mois et ont équipé uniquement jusqu'à 6700 m, le camp II. A ce rythme, je serais le premier à passer dans la pente de la bouteille à 8100m et plus. Les plaques à vent et le sérac fracturé m'inquiètent un peu sur la partie sommitale. On est très exposé durant trois heures.

Baltoro en Balti signifie : " qui offre la fertilité ", car son eau permet d'irriguer de nombreuses oasis dans ce désert. K2 ou Chogori signifient : " grande montagne : chogo qui veut dire grand et ri qui veut dire montagne"

Les premiers explorateurs du Baltoro étaient Godwin Austen en 1861 et Young Hus Land en 1887 du côté nord du K2. Il y avait aussi les Italiens, déjà en 1890, les Ducs de Savoia, Abruzzi et di Spoleto, font plusieurs expés pour réussir la première en 1954 avec Compagnoni et Lacedelli. Le jubilé sera pour l'année prochaine. Les Italiens vont débarquer en force. Il faudra attendre 23 ans pour la deuxième réussite par des Japonais. A partir de 1977, les expéditions sont plus nombreuses, mais le succès reste rare. Le K2 reste souvent invaincu de nombreuses années : c'est le cas en 80 - 84 - 87 - 88 - 89 - 02 - 03. Le K2 a fait beaucoup de victimes. Déjà lors de la première, sept morts dans une avalanche. L'année 1986 a le triste record avec 13 morts et une terrible tragédie dans la tempête.
Idem pour 1995 : six morts dont Allison Hargreawes qui était la première femme avec les trois plus hauts sommets réussis - Everest, K2, Kantch. Beaucoup tombent lors du retour. C'est le cas de Park, le Coréen, mort sur son quatorzième 8000.

La voie des Abruzzes ou voie normale, démarre à 5200m, par des pentes raides à 45°, d'abord neigeuses puis mixtes pour atteindre la pyramide noire à 7200m, soit 2000m de dénivelé soutenu. A 6400m se trouve la " House cheminée ", verticale sur 50m, difficile à franchir avec un gros sac. Au-dessus de la pyramide, 700m dans un terrain glacier moins raide puis vient la grosse difficulté : le couloir de la bouteille, avec 300m à 50° au-dessus de 8000m. Pour terminer, 300m à 40°, soit un total de 3400m de dénivelé et du pain sur la planche !

L'équipement de la voie est très astreignant. Trois allers et retours pour monter des affaires à 7300m et donner un coup de mains. Les porteurs qui travaillent souvent sur le K2 ne doivent pas venir très vieux !

Un nuage caractéristique se pose souvent sur le K2 avec sa base à 6700m pour une bande de 1000m de haut ou un chapeau sur le sommet. C'est également à partir de 6700m que le vent fait son apparition.

 

Les tentatives

La météo est bonne et je pars pour un essai. Trois porteurs d'altitude et deux membres font un aller et retour. Je suis sceptique : le matin, petit vent qui ne dit rien de bon. Les autres s'en vont, je suis le convoi. A 12h30, j'arrive au camp II à 6600m dans la tempête. Certains n'arrivent qu'à 17h30, bien marqués et contents de trouver un abri. Retour le lendemain. Quelle ambiance, hiver superbe ! Sous la cheminée, je déclenche une avalanche qui va aplatir trois tentes au camp I. Roland l'a vue passer et déformer sa tente. Un peu plus bas, je déclenche une deuxième plaque à vent. Petite neige et vent = danger. Il faut quelques jours sans neige pour stabiliser, mais le beau temps se cache.

Le deuxième essai est identique. Au premier départ, beau temps. Je suis très excité et je rêve déjà d'être le lendemain sur les pentes sommitales du K2. Mais le soir, nouvelle tempête. Vent et neige, et la tente qui hurle toute la nuit. Ras le bol ! Je décide de rentrer.

 

Venant de l'Everest bien acclimaté, je pensais pouvoir attaquer tout de suite avec un repas à 7300m la journée et deux nuits d'effort, technique rapide habituelle. Mais pas deux jours de beau d'affilée durant les vingt jours passés au camp de base.